RSS

Pinprick

14 Nov

Je viens juste de terminer mes exercices quotidiens de piano… (oui, oui, c’est bien moi sur la photo …)

Oui, ça y est !!! Je suis sérieux, je fais mon heure de piano quotidienne !!

Et je ne trouve même pas ça chiant … alors que je me limite à me taper des gammes et des exercices destinés à améliorer l’indépendance des doigts.

J’ai une sensation très particulière au niveau de mes doigts, j’ai l’impression qu’ils sont enveloppés de nacre … d’ordinaire, lorsque je fais des exercices de ce type, au piano ou à la guitare d’ailleurs, j’ai des douleurs dans les doigts, dues aux multiples contorsions exigées par ces exercices … ou plus simplement au fait que je ne les exécute pas convenablement !!

J’ai un rapport de plus en plus intime avec mes instruments.

Avant de jouer du piano, j’ai joué de la guitare, je me suis fait tourner mon habituel rythme de funk (un espèce d’ersatz de « Supersition »…) et j’ai joué…

Comme hier, j’ai ré-écouté la version live de « Alphabet Street » de Sa Majesté Pourpre, je me la suis jouée …

Attention, Alphabet Street live n’a RIEN à voir avec la version album : les petites cocottes sympas sont démultipliées, de même que le tempo, qui doit tourner aux alentours de 120-125 bpm … 125 ce midi …

Et c’était TROP BON !!!!

Ce soir, je me suis mis devant mon piano et j’ai fait mes exercices.

Pour la première fois depuis un certain temps, j’étais calme.

J’ai donc pu me concentrer sur ce que je faisais.

J’aimerais beaucoup pouvoir vous décrire ce que je ressens en jouant du piano, mais je crains de ne pas y arriver.

Essayons quand même (oui, je parle à la première personne du pluriel quand je vais être lyrique … c’est surtout parce que j’ai commencé pratiquement toutes mes phrases par « je » depuis le début de cette note…)

Le piano est bien plus qu’une mécanique. Cet instrument a une âme.

Si vous avez un peu de sensibilité, vous le ressentirez simplement en vous mettant devant lui …

Je suis toujours impressionné devant un piano à queue … pour peu qu’il soit noir et que ce soit un Steinway et je suis proche de mettre un genou à terre …

J’ai toujours pensé que jouer du piano était quelque chose qui se méritait.

Beaucoup de pianistes possèdent une technique hors du commun, mais ne sont pas capables de faire passer quoi que ce soit dans leur jeu. De la technique pure et simple.

De nombreux musiciens de jazz sont touchés par ce « mal ».

J’ai récemment écouté un album de reprises jazz de morceaux des Beatles : très fort techniquement, mais je n’ai pas été touché. Les constructions harmoniques sont certainement brillantes, mais l’interprétation des thèmes était plate, le pianiste se limitait à syncoper légèrement la mélodie : beaucoup trop convenu.

Heureusement, il y a ce merveilleux et génial musicien que j’ai loupé 2 fois parce que je suis un âne : Michel Petrucciani.

Allez savoir pourquoi, j’ai les larmes aux yeux en ce moment, parce que je pense à lui…

Ce type est une MERVEILLE.

Sa technique est bien entendu exceptionnelle, mais son jeu est rempli de VIE.

« J’aurais tellement voulu » … ce morceau m’a traumatisé.

(si le lecteur n’apparait pas, il faut cliquer sur « j’aurais tellement voulu » pour écouter.

J’ai eu l’occasion d’entendre une autre version du morceau par un autre pianiste : fade.

Petrucciani, lui, emmène le morceau au ciel. Et moi avec.

Dès la première note, on comprend. Tout est dans la retenue, mais cette retenue est merveilleusement expressive.

Cela me fait penser à un morceau de Bill Evans, qui es trouvait sur son album posthume « you MUST believe in spring ». Le morceau s’appelait « B minor waltz (for Ellaine)« . Ellaine était sa femme, qu’il venait de perdre quelques temps auparavant.

Ecoutez l’extraordinaire ouverture qu’il donne à sa musique dès les premières notes, l’air, l’espace. On ne peut que regarder vers le ciel en souriant, lorsque l’on écoute une telle merveille. Je vous assure que vous pourrez voir le soleil derrière les nuages, si vous écoutez avec autre chose que vos oreilles, si vous laissez la musique vous dire que la vie est belle, malgré tout et qu’un jour, tous les « malgré » disparaitront.

Il n’y a pas de superlatif assez fort pour vous dire ce que ces musiques me font ressentir … Elles ouvrent des espaces immenses, font respirer, regarder vers le ciel … Et espérer, espérer, espérer …

Je voudrais jouer du piano comme eux. Je voudrais faire une musique qui montre le ciel. Quel intérêt sinon ?…

Cette musique est en moi, il faut juste que je sois assez courageux pour la faire sortir.

La sensation de nacre autour de mes mains n’a pas disparu depuis que j’ai commencé à écrire ce blog … c’est particulièrement agréable…

Il y a quelques temps, j’ai lu un livre sur Olivier Messiaen, qui tente de décrire ce que ses cours avaient de si extraordinaire.

Cet homme a formé des gens comme Pierre Boulez, Pierre Henry …

Et tous disent que Messiaen les a révélés à eux-mêmes.

C’est ce que je veux dire quand je dis qu’il faut que je sois courageux pour faire sortir la musique qui est en moi.

En lisant le livre, je me disais que si j’avais eu la chance d’assister à ses cours, j’aurais peut-être eu la désagréable surprise de comprendre que la musique n’était pas faite pour moi …

Pourtant, plus j’avance (et j’avance maintenant …), plus j’ai l’impression de pénétrer la musique profondément (quel esprit mal placé ai-je donc ?…), de la « voir » de plus en plus distinctement.

C’est comme si toutes ces notions d’harmonie, d’intervalles … étaient déjà inscrites en moi et n’attendaient que le bon moment pour sortir. Comme si je les avais senties avant de les comprendre.

De toutes façons, je suis cinglé puisque je lis Boulez !!! Ah, la description du geste musical, de l’idée à sa réalisation, sur près de 700 pages … c’est boooooonnn !!!!

Heu … je m’égare un peu là …

Un petit extrait pour vous faire partager mon émoi ? …

Puisque vous insistez …

«  Plus que jamais, la composition repose sur cette dialectique répétition/différence, mais les lois qui la régissent sont de plus en plus empiriques, locales quoique obéissant à une impulsion générale. En conséquence, il nous faut voir comment préserver une impulsion expressive de l’instant tout en la rattachant à un courant plus profond. » (« Leçons de musique », chapitre II, « Le langage du compositeur »)

Passionnant, n’est-ce-pas ? …

Et je vous JURE que je trouve ça réellement GENIAL !!!!

Un dingue, je vous dis …

Je recherche en fait quelque chose en lisant ce genre de truc (j’en ai d’autres du même genre, mais je sais pas pourquoi, je sens que vous ne voulez pas les connaître …) … mais je ne sais absolument pas quoi.

Peut-être ce qui fait l’essence de la Musique, son « secret » …

Ce truc qui est contenu dans « j’aurais tellement voulu », dans l’incomparable et inégalable Neuvième de LVB, dans le divin air de la Reine de la Nuit, de WAM (non, je n’ai pas oublié de « a »…), dans la suite en Ré mineur de JSB, DTC ….. OUI C’EST HONTEUX de gacher ce moment de lyrisme avec un DTC, surtout que je suis à peu près certain que personne n’aura compris, à moins d’être des fanas de l’humour Canal « grande époque » …

Au fait, n’ayez aucun doute sur le fait que je trouverai ce truc. Et que je vous l’offrirai ensuite … Sinon, quel intérêt ?…

Publicités
 

2 réponses à “Pinprick

  1. Br'1

    15 novembre 2010 at 9 h 31 min

    « Je suis l’Esprit qui, dans la profondeur de l’âme de tout être, habite en tant qu’Insondable. Je suis le début, le milieu et la fin de toute choses, leur origine, leur vie et leur dissolution. »
    C’est un extrait de la Baghavadgita qui me fait furieusement penser à ce que tu exprimes là pour la musique!
    Comme tu le dis toi-même, tu cherches la porte d’accès à quelque chose qui est inscrit en toi, et les musiciens qui ont trouvé cette porte te fascinent, ce qui montre que tu en es très proche. Plonge en toi, tu vas trouver! (dit autrement: c’est DTC…. pardon, j’ai très honte aussi mais ça me fait trop rire!)

     
  2. Kinishao

    15 novembre 2010 at 22 h 23 min

    C’est exactement ça et j’espère que, pour ce que tu dis à la fin de ton commentaire (avant le DTC …), tu as raison.

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :